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01 — Expérience / Curiosité

L’expérience apporte des réponses. L’humilité garde les questions.

Parce que l’expérience n’a de valeur que si elle laisse une place au doute.

L’expérience apporte des réponses. L’humilité garde les questions.

Perspective 01

Expérience / Curiosité

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Il y a quelque chose d'assez rassurant dans l'expérience.

Avec les années, nous reconnaissons plus vite certaines situations. Nous anticipons. Nous faisons des rapprochements. Nous savons parfois, presque instinctivement, qu'une décision mérite encore un peu de réflexion.

L'expérience nous aide à aller plus vite.

Mais je me demande parfois si elle ne peut pas aussi nous jouer un mauvais tour. Celui de croire que nous savons.

Parce que nous avons déjà rencontré cette situation. Parce que ce parcours nous en rappelle un autre. Parce que nous connaissons ce secteur depuis quinze ans. Parce que « généralement, ça se passe comme ça ».

Après bientôt vingt ans dans le recrutement, j'ai forcément accumulé quelques convictions.

J'en ai aussi abandonné beaucoup.

Et c'est probablement l'un des enseignements que je trouve aujourd'hui le plus intéressant.

L'expérience ne devrait pas fermer les questions.

Je me souviens de candidats dont le parcours semblait presque évident pour une fonction et pour lesquels, après une heure de conversation, l'évidence l'était beaucoup moins.

Et de l'inverse aussi.

Des CV qui n'auraient probablement pas franchi certains filtres traditionnels. Une expérience manquante. Un parcours inhabituel. Une transition difficile à expliquer en quelques lignes.

Puis il y a la rencontre.

Une question en entraîne une autre. On comprend pourquoi une décision a été prise à un moment précis. Ce qui ressemblait à une incohérence devient parfois une preuve de courage. Une expérience que l'on pensait secondaire prend soudain beaucoup plus d'importance.

Cela ne signifie évidemment pas que l'intuition est toujours juste, ni que les parcours atypiques sont systématiquement meilleurs.

Simplement que la première lecture n'est pas toujours la bonne.

Et cela dépasse largement le recrutement.

Un manager peut avoir une idée très précise de la manière dont son collaborateur réagira à une nouvelle responsabilité.

Un dirigeant peut être convaincu qu'une organisation qui a fonctionné pendant dix ans continuera de fonctionner demain.

Un candidat peut penser qu'après quinze années dans le même métier, certaines portes lui sont désormais fermées.

Nous construisons tous des certitudes à partir de ce que nous avons vécu.

C'est humain.

Le risque commence peut-être lorsque nous cessons de les questionner.

« Je ne sais pas » est une phrase que j'aime de plus en plus.

Elle pourrait sembler étrange après vingt ans de métier.

J'y vois au contraire quelque chose d'assez précieux.

Dire « je ne sais pas » ne signifie pas renoncer à son expérience. Cela signifie accepter que l'expérience passée ne permet pas toujours de comprendre immédiatement une situation nouvelle.

Il faut alors revenir à quelque chose de très simple : poser une question.

Puis écouter réellement la réponse.

C'est peut-être là que la curiosité devient une compétence professionnelle à part entière.

Pas la curiosité qui consiste à vouloir tout savoir.

Celle qui nous pousse à regarder une situation que nous connaissons très bien comme si quelque chose pouvait encore nous surprendre.

Et puis l'IA est arrivée.

Ou plutôt, elle est devenue accessible à tous.

En quelques secondes, nous pouvons désormais obtenir une analyse, comparer des informations, résumer un document, préparer un entretien ou challenger une idée.

Demain, nous aurons encore davantage de données et probablement de meilleurs outils pour les interpréter.

Je trouve cela passionnant.

Je les utilise moi-même énormément.

Mais plus nos outils sauront nous apporter rapidement des réponses, plus une autre capacité pourrait devenir précieuse : savoir quelles questions méritent encore d'être posées.

Et surtout accepter que certaines réponses ne soient pas immédiates.

Parce qu'une personne n'est pas une addition de compétences.

Parce qu'une entreprise ne se résume pas à son organigramme.

Parce qu'une carrière n'est pas toujours cohérente lorsqu'on la regarde en arrière ... et heureusement.

Parce que certaines décisions nécessitent encore une conversation.

Vingt ans plus tard, donc.

Je sais évidemment beaucoup plus de choses sur mon métier qu'au premier jour.

Mais je suis probablement aussi davantage conscient de tout ce que je ne sais pas.

Et finalement, j'aime assez cette idée. L'expérience nous permet de reconnaître. La curiosité nous oblige à regarder encore.

Entre les deux se trouve peut-être l'endroit le plus intéressant : celui où nous avons suffisamment appris pour avoir une intuition, mais encore suffisamment de doute pour accepter de la remettre en question.

Vingt ans d'expérience. Toujours curieux.

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